Vous venez de céder votre entreprise. Et maintenant ?
La cession d’une entreprise concentre en un instant le fruit de dix, vingt, parfois trente années de travail. Le virement arrive sur le compte — un, trois, cinq, dix millions d’euros — et une question s’impose immédiatement : que faire de ce capital ?
Ce basculement patrimonial est l’un des plus déterminants de la vie d’un chef d’entreprise.
Le patrimoine, hier professionnel et illiquide, devient soudainement liquide, diversifiable, mais aussi exposé : aux aléas fiscaux, aux erreurs de précipitation et aux conseils inadaptés. Sans stratégie de placement structurée, le risque est réel de voir s’éroder un capital que des années d’efforts ont permis de constituer.
Par Christophe SIMON, fondateur de WSI Conseil, diplômé de l’ESCP, ex Arthur Andersen, Cholet-Dupont, Robeco et UBS. 250 millions d’euros d’encours sous gestion.
Depuis 2010, j’accompagne les chefs d’entreprise dans cette transition patrimoniale. Fort d’un rendement net annualisé de plus de 6%* sur cinq ans (profil équilibré), je partage ici ma méthode pour transformer avec pérennité et sérénité un produit de cession en patrimoine durable.
* Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Les 30 premiers jours après la cession : réfléchir avant d’investir
La première erreur du cédant est de vouloir réinvestir trop vite. Le produit de la vente représente souvent l’essentiel du patrimoine du dirigeant. Il mérite une approche séquencée, pas une allocation précipitée.
De J+0 à J+30 : stabiliser la situation
Dans les semaines qui suivent la signature, plusieurs éléments doivent être vérifiés avant toute décision d’investissement. Le versement du prix peut être échelonné (séquestre, complément de prix, earn-out, …). La garantie d’actif-passif engage le cédant pendant plusieurs mois, parfois plusieurs années. L’imposition de la plus-value de cession doit être anticipée et provisionnée — y compris lorsqu’un report d’imposition via un apport-cession est envisagé — il serait imprudent de déployer l’intégralité du capital avant d’avoir une vision claire de la charge fiscale.
Ce temps de latence n’est pas du temps perdu. C’est le moment de réaliser un bilan patrimonial global avec un conseiller en gestion de patrimoine indépendant, en intégrant l’ensemble des paramètres : situation familiale, régime matrimonial, objectifs de revenus et de rendements, horizon de placement, sensibilité au risque, projets de transmission. Ce bilan définit la stratégie d’investissement et les objectifs de diversification du portefeuille.
De J+30 à J+90 : structurer
Une fois la situation fiscale clarifiée, les décisions de structuration peuvent être prises : faut-il créer ou conserver une holding de détention familiale ? Conserver une société existante ? Investir en nom propre ? Ces choix conditionnent l’ensemble de la stratégie qui suivra.
Au-delà de J+90 : déployer progressivement
Le déploiement du capital s’effectue de manière progressive, en respectant le profil de risque défini lors du bilan patrimonial. La diversification du portefeuille se construit sur plusieurs mois, pas en une seule opération. Chaque investissement doit s’inscrire dans une stratégie patrimoniale globale alignée sur vos objectifs de rendements et de gestion du risque.

“Je recommande systématiquement aux cédants de ne pas investir dans les 90 premiers jours. C’est une discipline difficile quand on a l’habitude de décider vite, mais c’est la décision la plus rentable à long terme. Un capital mal déployé dans la précipitation coûte infiniment plus cher qu’un trimestre de patience.”
Christophe SIMON
Structurer le capital issu de la vente : holding, société civile ou investissement en nom propre ?
La structuration juridique du capital post-cession détermine la fiscalité, la capacité de transmission et la souplesse de gestion pour les décennies à venir. Trois configurations principales se présentent au cédant.
La holding patrimoniale post-cession
Post cession, la holding patrimoniale est souvent une conséquence même de la cession de la société ou de l’activité commerciale (cession d’une pharmacie, d’une clinique vétérinaire, d’un camping, d’une franchise, …). C’est notamment le cas lorsqu’une holding cède à un tiers la société fille opérationnelle, elle reçoît alors le cash, fruit de la cession, et passe d’un statut de holding à celui d’une société sans filiale opérationnelle mais détentrice d’une importante somme d’argent issue de la vente de l’entreprise commerciale.
Un autre exemple possible est la cession d’une branche d’activité de la société commerciale (ou non car cela peut-être le cas d’une cession d’une activité non commerciale comme la cession d’une patientèle pour une SELARL).
Se pose alors la question de la sortie des actifs financiers de la holding ou de la conservation de ces derniers au sein de la structure. La réponse à cette question va, en très grande partie, dépendre de la valorisation de la holding et du patrimoine familial détenu en dehors.
A ce stade, l’enjeu tournera souvent autour de 3 objectifs distincts ou complémentaires : constituer des revenus réguliers, optimiser la transmission à ses enfants et protéger le conjoint.
Des calculs d’optimisation doivent absolument être réalisés, exercice assez régulier pour le cabinet.
La holding peut investir directement dans des actifs financiers, souscrire un contrat de capitalisation luxembourgeois adapté aux personnes morales, ou combiner les deux approches. Les sociétés holdings patrimoniales permettent ainsi d’accéder à des investissements variés tout en conservant une maîtrise centralisée du patrimoine.
Si le cédant a anticipé la structuration avant la vente effective, le mécanisme d’apport-cession (article 150-0 B ter du Code général des impôts) permet de bénéficier d’un report d’imposition sur la plus-value, sous condition de remploi économique. Le dispositif d’apport-cession prévu à l’article 150-0 B ter impose un remploi d’au moins 60 % du produit dans une activité économique dans un délai de deux ans (trois ans depuis la loi de finances 2026). Ce mécanisme nécessite une mise en place antérieure à la cession et un accompagnement juridique dédié.
Le contrat de capitalisation luxembourgeois pour personne morale
Le contrat de capitalisation luxembourgeois est le véhicule de référence pour la holding patrimoniale d’un cédant. Il offre le même cadre de protection que l’assurance vie luxembourgeoise — triangle de sécurité, accès aux fonds internes dédiés, multi-devises — tout en s’inscrivant dans le bilan de la société.
Notre positionnement très haut de gamme, nous impose un seuil minimal d’intervention de 500.000 €. De manière systématique, ces contrats sont gérés en gestion déléguée avec un objectif de maximiser le couple rendement / risque des contrats tout limitant les creux de valorisation.
L’investissement en nom propre
L’investissement en nom propre est un cas de figure très classique.
Il correspond à celui d’un dirigeant ayant cédé les parts de sa société. C’est également celui d’un dirigeant ayant sorti tout ou partie des capitaux de sa holding.
Pour la fraction du capital qui n’est pas géré au sein d’une société, et donc en direct, le cédant dispose de plusieurs enveloppes fiscales à maximiser, chacune présentant des avantages fiscaux spécifiques : l’assurance vie luxembourgeoise en personne physique (exonération partielle en transmission, report d’imposition en phase d’épargne, univers d’investissement large), le PEA (jusqu’à 150 000 euros, exonération d’impôt sur le revenu après cinq ans), le compte titre (univers d’investissement large) et éventuellement le PEA-PME pour des investissements dans les sociétés européennes de taille intermédiaire.
L’équilibre entre véhicules en personne morale et enveloppes en personne physique constitue souvent le cœur de l’ingénierie patrimoniale post-cession.

“La question n’est jamais “holding ou pas holding”. La question est : quelle architecture patrimoniale donne le meilleur équilibre entre revenus disponibles, fiscalité maîtrisée et capacité de transmission ? Chaque cédant a une réponse différente.”
Christophe SIMON
Où réinvestir 1 à 10 millions d’euros après une cession d’entreprise ?
Le choix des véhicules d’investissement doit répondre a minima à quatre critères simultanés pour un cédant disposant d’un à dix millions : protection du patrimoine, rendement net après fiscalité, liquidité suffisante et capacité de transmission. Les stratégies de déploiement varient selon le montant : placer 1 million d’euros, placer 3 millions ou placer 5 millions et n’impliquent pas les mêmes arbitrages en termes de structuration, de diversification du portefeuille et d’accès aux différentes classes d’actifs. Mais quel que soit le montant, l’objectif central reste le même : générer des rendements nets attractifs tout en protégeant le capital.
L’assurance vie luxembourgeoise : le véhicule pivot du cédant fortuné
Le contrat luxembourgeois est le véhicule le plus adapté pour réinvestir un produit de cession patrimonial. Ses avantages par rapport à l’assurance vie française sont déterminants pour un cédant qui cherche à protéger la valeur de son capital tout en accédant à des investissements diversifiés.
Le triangle de sécurité impose une séparation juridique entre les actifs du souscripteur, ceux de la compagnie d’assurance et ceux de la banque dépositaire. Ce mécanisme, supervisé par le Commissariat aux Assurances du Luxembourg (CAA), garantit qu’en cas de défaillance de l’assureur, les actifs du souscripteur sont isolés et protégés.
Le super privilège confère au souscripteur luxembourgeois une priorité absolue de remboursement, devant l’État, devant les salariés, devant tous les autres créanciers de la compagnie. C’est la protection la plus forte qui existe en Europe pour un contrat d’assurance vie. Elle n’existe pas en droit français.
Les fonds internes dédiés (FID) et fonds d’assurance spécialisés (FAS) permettent une gestion sur mesure du portefeuille, avec un accès à des classes d’actifs inaccessibles en assurance vie française : private equity institutionnel, dette privée, fonds non cotés, obligations, immobilier via des fonds spécialisés, placements financiers en multi-devises. Cette diversification des investissements constitue un atout majeur pour un patrimoine élevé (au-delà de 5 millions d’euros).
Pour un cédant qui vient de concentrer l’essentiel de son patrimoine dans un flux de liquidités, cette triple protection n’est pas un luxe, c’est une nécessité. Un comparatif détaillé entre l’assurance vie française et luxembourgeoise permet de mesurer l’écart de protection et de performance.
Le private equity institutionnel en assurance vie
Le private equity en assurance vie luxembourgeoise constitue l’un des leviers de performance les plus puissants pour un cédant. L’accès à des fonds de qualité institutionnelle — capital-investissement, capital-développement, infrastructure, dette privée — est rendu possible par les FID/FAS du contrat luxembourgeois mais il existe parfois des solutions encore plus pertinentes.
Le choix du Private Equity est d’autant plus naturel pour un ancien chef d’entreprise : il comprend le tissu entrepreneurial, il sait évaluer un business plan, et il apprécie la logique de création de valeur à moyen terme du private equity.
Dans nos allocations, le private equity représente une composante naturelle des profils Équilibré et Dynamique, avec un horizon de détention de cinq à huit ans et un objectif de TRI annualisé supérieur à 6 %. Aucun frais d’entrée n’est appliqué sur les versements en private equity au sein des assurances vie que nous gérons.
Fonds obligataires et dette privée
Quelque soit le contexte de taux, les fonds obligataires et la dette privée ont une place au sein d’une stratégie globale d’allocation d’actifs financiers.
En fonction du contexte, les échéances obligataires ou la qualité des émetteurs sélectionnés va varier. Ainsi, en cas de rétrécissement des spreads de crédit (écart de rendement entre une obligation risquée et une obligation sûre (Etat par exemple)), il est fort possible que nous n’allions pas vers des obligations High Yield (obligation risquée) et nous orientions plus nos clients vers l’Investment Grade (obligations d’entreprises ou pays bien notés). Car dans ces conditions, le risque engagé est insuffisamment rémunéré.
De la même façon, si nous anticipons une pentification de courbe de taux, notre stratégie portera plus vers les parties courtes de la courbe de taux (c’est du jargon mais nous savons l’expliquer à nos clients en rdv si besoin).
Pour un cédant d’entreprise au profil Prudent ou Modéré, ces classes d’actifs offrent un couple rendement/risque particulièrement adapté : rendements de l’ordre de 4 à 6 % nets annuels, avec une volatilité maîtrisée et une visibilité plutôt bonne sur les flux de revenus.
La dette privée — prêts directs aux entreprises et sociétés, financements d’infrastructure, crédit immobilier senior — est accessible au sein de l’assurance vie luxembourgeoise. Elle complète le private equity en apportant une composante de rendements réguliers au portefeuille, avec un risque de perte en capital inférieur à celui des investissements en actions. Cette classe d’actifs constitue une “brique” pertinente pour équilibrer un portefeuille patrimonial.
Pourquoi nous évitons les SCPI et les produits structurés
Les SCPI, souvent présentées comme la solution universelle de placement immobilier entre 2017 et 2022, présentent à nos yeux plusieurs limites : frais de souscription élevés (4 à 10 %), liquidité contrainte (délai de jouissance, marché secondaire étroit), exposition concentrée à l’immobilier tertiaire, rendements en baisse tendancielle depuis 2022 et risque de perte en capital réel (comme l’ont montré les décotes de valeur de plusieurs gérants en 2023-2024).
Par ailleurs, nous pensons que nous avons entamé un cycle prolongé de remontée de taux depuis le Covid, ce qui est peu propice à l’immobilier.
De la même manière, les produits structurés, souvent proposés aux cédants comme solution “sur mesure”, combinent une complexité de lecture, des frais implicites significatifs et un risque de perte en capital qui ne justifient pas leur intégration systématique dans un portefeuille patrimonial. Cela n’engage que moi en tout cas.
Nous faisons le choix de ne distribuer ni SCPI, ni produits structurés. Ce n’est pas un oubli, c’est une conviction : pour un patrimoine de un à dix millions, le contrat luxembourgeois avec un accès à de multiples fonds en performance absolue (offrant du rendement mais une corrélation très faible au marché des taux ou des actions), au private equity, à la dette privée, à des stratégies de M&A faible risque, aux marchés financiers mondiaux …. offre un meilleur couple rendement/risque/liquidité/protection.

“Un chef d’entreprise qui vient de vendre ne doit pas se retrouver avec un portefeuille de SCPI et de produits structurés qu’il ne comprend pas. Il a besoin d’un portefeuille transparent, très liquide, protégé par la loi luxembourgeoise et avec un accès direct aux meilleures classes d’actifs mondiales. C’est exactement ce que permet l’assurance vie au Luxembourg.”
Christophe SIMON
Quelle allocation d’actifs après la vente de votre société ?
L’allocation d’actifs est la décision la plus structurante pour la performance à long terme du patrimoine. Je construis chaque allocation sur mesure à partir de quatre profils de référence.
| Prudent | Modéré | Équilibré | Dynamique | |
|---|---|---|---|---|
| Performance absolue | 30 à 60 % | 40 à 60 % | 40 à 60 % | 30 à 50 % |
| Obligations et produits de taux | 30 à 60 % | 25 à 35 % | 20 à 25 % | 10 à 15 % |
| Actions en direct (fonds diversifiés, ETF, …) | 0% | 10 à 15% | 15 à 20% | 20 à 40 % |
| Private equity / non coté | 5 à 10% | 10 à 15 % | 15 à 20 % | 20 à 25 % |
| Rendement annuel net cible (moy. 5 ans) | 3 – 4% /an | 4 – 5% /an | 6 – 7% /an | 8 – 9% /an |
| Horizon recommandé | 3 – 5 ans | 5 – 7 ans | 8 -10 ans | 10+ ans |
Pour les cessions les plus importantes, la stratégie de déploiement d’un capital de 10 millions d’euros intègre une diversification plus poussée, un accès élargi au private equity institutionnel et une gestion en multi-devises pour réduire la concentration géographique. Ces répartitions sont indicatives et ajustées pour chaque client en fonction de sa situation, de son horizon et de ses objectifs de revenus. Le rendement net annualisé de plus de 6% que nous affichons sur cinq ans correspond au profil Équilibré.
Evidemment, les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Cependant, la qualité du travail reste la même.
L’allocation n’est pas figée. Après une cession, il est courant de démarrer sur un profil Modéré pendant les premiers mois, le temps de s’habituer à suivre le comportement d’un patrimoine financier plutôt qu’une entreprise, puis d’évoluer vers un profil Équilibré ou Dynamique à mesure que la confiance s’installe.
Optimiser la fiscalité de la cession
La fiscalité est un paramètre central de la stratégie post-cession. L’optimisation fiscale intervient à deux moments : au moment de la cession elle-même (imposition de la plus-value), puis tout au long de la vie du patrimoine réinvesti (fiscalité des revenus et des rachats).
L’imposition de la plus-value de cession
La plus-value de cession de titres de sociétés est soumise, au choix du contribuable, au prélèvement forfaitaire unique (PFU, dit « flat tax ») de 31,4 % (12,8 % d’impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux), ou au barème progressif de l’impôt sur le revenu après application d’un abattement pour durée de détention. Pour les titres détenus depuis plus de huit ans, l’abattement renforcé peut atteindre 85 % dans certains cas (PME créée depuis moins de dix ans, cession pour départ à la retraite). L’optimisation du choix entre PFU et barème progressif, qui dépend de la situation fiscale globale du cédant, peut représenter plusieurs centaines de milliers d’économie fiscale sur une plus-value importante. Ce choix doit être arbitré avec un conseiller fiscal avant la déclaration de revenus.
La contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR) s’applique également: pour un couple 3 % entre 500 000 et 1 000 000 euros de revenu fiscal de référence, 4 % au-delà. Pour un produit de cession de plusieurs millions d’euros, cette contribution représente une charge significative.
La plus-value de cession peut prendre différentes formes et il est impossible de tout traiter ici : cession par une holding sous le régime d’une cession de participation, cession avec abattement pour départ en retraite, …
L’assurance vie luxembourgeoise comme levier fiscal à moyen terme
Après la vente d’une entreprise, bien souvent, une partie des capitaux est fléchée vers l’assurance vie pour de nombreuses raisons : fiscalités favorables, univers d’investissement, … Une fois le capital investi en assurance vie luxembourgeoise, pour des résidents fiscaux français, la fiscalité applicable est celle de l’assurance vie française (le contrat luxembourgeois bénéficie de la neutralité fiscale). Les gains ne sont imposés qu’au moment du rachat, et après huit ans de détention, chaque rachat bénéficie d’un abattement annuel de 4 600 euros (9 200 euros pour un couple). Cet abattement constitue l’un des atouts de l’assurance vie pour les placements financiers post-cession.
La stratégie de rachats programmés permet de se verser un complément de revenus régulier peu fiscalisé et automatisé : l’assureur reversera tous les 3 ou 6 mois un montant défini à l’avance par le souscripteur.
Transmettre le fruit de votre cession
Pour un cédant de 50 à 65 ans, la transmission patrimoniale devient rapidement un enjeu central. L’assurance vie luxembourgeoise est un outil de transmission particulièrement puissant, offrant des avantages fiscaux significatifs.
En cas de décès, les capitaux transmis via l’assurance vie bénéficient d’une exonération de droits de succession à hauteur de 152 500 euros par bénéficiaire (pour les primes versées avant 70 ans). Au-delà, un prélèvement forfaitaire de 20 % s’applique jusqu’à 700 000 euros, puis de 31,25 %. Cette exonération partielle des droits de succession représente un levier considérable pour la transmission du patrimoine issu de la cession.
Si la situation l’exige, la clause bénéficiaire peut être structurée en démembrement (usufruit au conjoint survivant, nue-propriété aux enfants), ce qui permet de concilier protection du conjoint et transmission intergénérationnelle. Il existe parfois des solutions même plus pertinentes.
La combinaison d’une donation-partage sur les parts de la holding et d’une clause bénéficiaire bien rédigée et pertinente constitue constitue le socle d’une transmission efficace pour un cédant disposant d’un à dix millions.
Pour les cédants souhaitant approfondir le dispositif d’apport-cession comme outil complémentaire de report d’imposition de la plus-value, une page dédiée à l’apport-cession 150-0 B ter sera prochainement disponible sur notre site.
Cas pratique — Sophie, 54 ans, cède son cabinet de conseil pour 3 millions d’euros
Ce cas illustre une situation que j’accompagne régulièrement.
Sophie a fondé une clinique vétérinaire il y a 18 ans. Via sa holding, elle vient de céder sa clinique à un grand groupe pour 3 millions d’euros nets. Mariée sous le régime de la séparation de biens, avec deux enfants adultes, elle souhaite sécuriser un revenu annuel de 120 000 € nets tout en organisant la transmission de son patrimoine. Son mari est photographe et ne perçoit pas de revenus très importants. Mais il aime ce qu’il fait ce qui est déjà très bien.
Phase 1 — Sécurisation (J+0 à J+90) :
La cession est réalisée par la holding. La plus-value relève donc du régime des sociétés avec application du régime des titres de participation : quasi-exonération, seule une quote-part de frais et charges de 12 % étant soumise à l’IS.
La trésorerie issue de la cession (environ 3 M€) est conservée dans la holding dans un premier temps et placée sur des supports sécurisés (comptes à terme, monétaire), le temps de réaliser un audit patrimonial complet.
Le régime de Séparation de biens simplifie la lecture :
- les actifs restent juridiquement propres à Sophie
- aucune créance entre époux à reconstituer
- la stratégie patrimoniale est totalement individualisée
Phase 2 — Structuration :
Une stratégie mixte est retenue, combinant capitalisation et distribution :
- 1 M€ conservé dans la holding
- investi via un contrat de capitalisation luxembourgeois
- logique de capitalisation à fiscalité différée
- 2 M€ distribués à Sophie
- sous forme de dividendes
- soumis au Prélèvement forfaitaire unique au taux de 31,4 %
La distribution est organisée sur trois années civiles :
- décembre année N
- janvier année N+1
- janvier année N+2
Ce fractionnement permet :
- de lisser le revenu fiscal de référence
- de limiter la pression fiscale globale
- de réduire le risque de déclenchement de la Contribution exceptionnelle sur les hauts revenus
Sur une base de 2 M€ distribués :
- fiscalité totale : environ 645 000 €
- capital net perçu : environ 1,3 M€
Les capitaux sont ensuite investis en assurance-vie luxembourgeoise, constituant la poche de revenus.
Phase 3 — Allocation :
L’allocation est construite à l’échelle globale (holding + personnel) :
- fonds en performance absolue : 30 %
- obligations et produits de taux : 20 %
- actions diversifiées : 20 %
- private equity international : 15 %
- autres actifs : 15 %
La structuration permet :
- une capitalisation en holding avec fiscalité optimisée (105% du TME)
- une optimisation fiscale et successorale en direct via l’assurance-vie
Objectif de rendement net : 6 à 8 % par an.
Revenus projetés :
Sur une base de 2,5 M€ investis avec un rendement cible de 6 % :
- revenus bruts estimés : environ 150 000 €
Les flux sont organisés de manière flexible :
- rachats programmés sur assurance-vie
- compléments possibles via dividendes
Objectif atteint :
- 115 000 à 130 000 € nets par an
- maîtrise de la fiscalité dans le temps
Transmission :
La stratégie est anticipée dès l’origine :
- assurance-vie
- clause à option incluant une clause bénéficiaire démembrée (usufruit conjoint / nue-propriété enfants)
- holding
- donation progressive des titres
- réserve d’usufruit conservée par Sophie
À 54 ans :
- valeur fiscale de la nue-propriété : 50 %
Sur une holding valorisée 1 M€ :
- base taxable en nue-propriété : 500 000 €
- abattements : 100 000 € par enfant (soit 200 000 €)
- base nette taxable : 300 000 €
Droits de donation estimés :
- entre 60 000 € et 70 000 €
Soit :
- environ 6 à 7 % de la valeur économique transmise
Le régime de séparation de biens offre ici une grande souplesse :
- liberté de transmission
- absence d’effet “mécanique” entre patrimoines des époux
- optimisation fine entre protection du conjoint et transmission aux enfants
Cas fictif à valeur illustrative. Les rendements indiqués ne constituent pas une garantie de performance future. Les performances passées ne préjugent pas des performances à venir.
FAQ — Investir après la vente de son entreprise
Combien de temps faut-il attendre avant d’investir après une cession ?
Il est recommandé d’attendre au minimum 30 jours pour stabiliser la situation fiscale, vérifier les modalités du versement du prix (séquestre, earn-out, garantie de passif) et réaliser un bilan patrimonial global. Investir dans la précipitation expose à des erreurs d’allocation coûteuses.
Faut-il créer une holding patrimoniale après avoir vendu sa société ?
Pas nécessairement, la holding est souvent le fruit de l’histoire. Il faut bien réfléchir à sa forme juridique et à la fiscalisation de ses revenus (la double imposition IS + distribution à la Flat Tax peut être lourde). Une bonne option peut être la Société civile patrimoniale également.
L’assurance vie luxembourgeoise est-elle adaptée après une cession d’entreprise ?
L’assurance vie au Luxembourg est le véhicule le plus adapté pour un cédant disposant de 250 000 à 10 millions d’euros. Le triangle de sécurité protège le capital en cas de faillite de l’assureur. Le super privilège confère un statut de créancier de premier rang. Les fonds externes accessibles permettent une allocation sur mesure intégrant, entre autres, du private equity institutionnel. Chez nous, le rendement net moyen sur cinq ans (profil équilibré) se situe autour des 6% / an après frais de gestion.
Quelle est la fiscalité du produit de cession ?
La plus-value de cession est imposée au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % (PFU) ou, sur option, au barème progressif de l’impôt sur le revenu avec abattement pour durée de détention. Il est certain que si l’abattement est important, le choix du barème aura tendance à être privilégié.
Pourquoi éviter les SCPI pour réinvestir un produit de cession important ?
Les SCPI présentent des frais de souscription élevés (8 à 12 %), une liquidité contrainte et des rendements en baisse depuis 2022. Pour un capital de un à dix millions d’euros, l’assurance vie luxembourgeoise offre un accès à des classes d’actifs plus diversifiées avec une meilleure protection du capital.
Peut-on investir en private equity après la vente de son entreprise ?
Le private equity est l’une des classes d’actifs les plus pertinentes pour un ancien chef d’entreprise. Via l’assurance vie luxembourgeoise, il est possible d’accéder à des fonds de qualité institutionnelle sans frais d’entrée. L’horizon de placement est de 7à 12 ans, avec un objectif de TRI supérieur à 10 % par an.
Auteur : Christophe SIMON

Christophe SIMON est un conseiller en gestion de patrimoine français, fondateur du cabinet WSI Conseil, spécialisé dans l’assurance vie luxembourgeoise et la gestion de fortune financière.
Diplômé de l’ESCP Business School en gestion de patrimoine, il cumule plus de 25 années d’expérience dans l’industrie financière, forgée chez Arthur Andersen, Cholet-Dupont, Robeco et UBS.
Depuis la création de WSI Conseil en 2016, il accompagne personnellement une clientèle patrimoniale exigeante — particuliers fortunés, chefs d’entreprise et expatriés — dans la structuration et la gestion de leurs actifs financiers au Luxembourg.
Le cabinet gère aujourd’hui plus de 250 millions d’euros d’encours, en totale indépendance.
CHIFFRES CLÉS
- +25 ans d’expérience en finance
- 250 M€ d’encours sous gestion
- 8+ assureurs partenaires
- 6% rendement net/an*
- ORIAS n°16004414
*Profil équilibré, moyenne sur 5 ans. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

